Community Manager : la peur du vide.

Notre Community Manager nous partage quelques réflexions sur son métier, et sur la peur de la page blanche.

L’écriture est un voyage dans le temps. Comme tout voyage, celui-ci est semé d’embûches. Comme tout voyage, il commence en passant le seuil de sa propre porte. Et c’est là, sans doute, ce qu’il a de plus difficile. 

Car l’habituel trou noir de vocabulaire est loin d’être le pire obstacle. Ce n’est même pas le style, la syntaxe, la conjugaison, l’orthographe… ni même les idées. Non. La Palme des Plaies revient à la Terrible Terreur de la Putain de Page Blanche, la maudite mère de tous les foutus fléaux de la Création. 

La peur de faire un pas en avant et de se jeter dans l’abîme sans fond des mots. La peur de le commencer, ce voyage. 

Le cliché l’attribue aux auteurs de fiction en mal d’inspiration. On se figure naturellement Jack Nicholson devant sa machine à écrire, perdu au milieu du hall gigantesque de l’hôtel de Shining, le regard fou dans le vide. Mais c’est aujourd’hui un mal qui touche virtuellement tout le monde : le web 2.0 aura eu cela de notable qu’aujourd’hui, bon gré mal gré, tout le monde se veut un peu auteur, conteur de sa propre vie, commentateur des uns et des autres, de tout et de rien, autoproclamé influenceur de communautés. Le monstre Rézossocio se délecte de tout ce content sans importance, il se goinfre et grossit, et on est toujours plus nombreux à le nourrir, cela devient presque compulsif, il faut l’alimenter, à tout prix, quitte, finalement, à lui balancer le contenant en oubliant parfois le contenu… 

Je me sens parfois comme Nicholson dans Shining…

Le Community Manager (ou Gestionnaire de Communauté dans la langue de Molière — c’est comme vous voudrez) est ce « nouveau » métier un peu indéfinissable, méconnu, et un peu bâtard aussi, qui souffre tout particulièrement du syndrome de la page blanche. Ecriture d’articles, capture de vidéos, montage, interviews, créations graphiques, photo, sans compter toute la partie immergée de l’iceberg, la stratégie, les chiffres, les reportings, les projections… tout en restant, aux yeux des communautés dont il est censé être le gestionnaire, « relatable« , authentique, en parlant de son produit sans jamais n’en avoir l’air, en étant marrant sans être méchant, amical sans perdre le contrôle, et tout ça tous les jours, tout le temps. 

Car, au contraire du plus gros des usagers des réseaux sociaux, le CM est payé pour alimenter la Bête. 

Je vous prie de croire que ce n’est pas une mince affaire de trouver quoi dire, quoi montrer, comment, sous quel angle, sur quel ton… quand on est au contact des communautés digitales tous les jours et — convenons-en — à chaque instant de la journée… 

Si bien que l’expression de « page blanche » aujourd’hui en deviendrait presque caduque, obsolète. Alors quoi ? Peur de l’écran noir ? De la timeline vierge ? Du canvas gris ? Du message creux ? Réduisons-la à son plus simple appareil : c’est la peur du vide. 

La peur de l’inconnu. Le doute. L’hésitation. Comme les quelques instants précédents un saut à l’élastique. L’écriture est un voyage dans le temps, et le futur immédiat est parfaitement terrifiant car totalement inconnu et imprévisible. 

Je regarde certains de mes pairs CM, et j’ai un profond respect pour ceux qui, à la scène comme à la ville, parviennent à documenter leur quotidien, à s’exprimer au micro de leur propre téléphone en mode selfie, et à conter leur life à grands coups de Stories sur Instagram. Ils ont l’habitude, l’élan, l’inertie. C’est devenu naturel, et donc facile. Ils ont passé le cap. Moi, je suis bien trop pointilleux, soucieux du moindre détail, du rythme et des mots que j’emploie, de la mise en scène et du montage de mes vidéos… « Et si l’élastique cédait ? S’il était trop long ?… » Bien trop perfectionniste, en somme. Et c’est un frein énorme. 

C’est un frein parce qu’à trop chercher la perfection (ou la sûreté ?), on finit par tomber dans l’inaction et/ou la relecture perpétuelle. Et rien n’est jamais achevé. 

« Perfectionniste »… Quand j’étais jeune, mes fabuleux maîtres et maîtresses d’école interprétaient cela comme de l’oisiveté, de la flemme, ou parfois même de la lâcheté. Ma chère prof de Français de 5ème, Mme Dussart, m’avait affectueusement rebaptisé « Le Fumiste ». Evidemment, j’aime à croire qu’ils avaient tort — mais, au final, est-ce que cela change quoi que ce soit au résultat ? 

Ne rien faire par peur de ne pas être assez bon. Puis ne rien montrer — pour les mêmes raisons. 

Comment savoir ce que l’on vaut si on n’essaie pas ? Et comment s’améliorer si on ne se soumet pas à la critique ? À quoi bon écrire des pavés dignes de George R.R. Martin si personne ne peut les lire ? Dessiner des BD si personne ne peut les voir ? À quoi bon être un virtuose de la musique si on refuse de publier ses morceaux… (Tu vois mon proverbial regard en coin, frangin ?) 

Il faut montrer. Il faut partager. Un livre ne vit que lorsqu’il est lu. La musique ne vibre que dans les tympans de ceux qui l’écoutent. Les selfies — aussi ridicules et frivoles soient-ils — ne font sourire que lorsqu’ils sont en ligne.
Il faut montrer. Il faut partager. Et pour cela, il faut faire. 

Il faut filmer. Il faut dessiner. Il faut écrire. Toujours. Se jeter dans le vide, et peu importe le résultat. Ne pas trop réfléchir. Et plonger. 

Car après tout, le meilleur moyen de lutter contre la page blanche… n’est-il pas de commencer à écrire ? Taper une lettre, un mot. Puis continuer. Et recommencer. Se forcer. Persévérer.

Jusqu’à ce que la feuille soit noircie. 

Quant à la qualité de la forme ? Eh bien… la relecture est là pour ça. Pour le fond, c’est une autre histoire. 

Il en est ainsi pour l’auteur, pour l’artiste, l’illustrateur, le sculpteur, le compositeur… Il en est de même pour le community manager. Et cela concerne tout autant chacun de vous, à chaque instant. Dans vos recherches d’emploi, la composition de votre CV. Dans vos projets professionnels, vos négociations. Dans vos désirs d’entrepreneuriat. À. Chaque. Instant. 

Just do it.

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